Pollution de l’air urbain, santé et équité | Journal of Epidemiology & Community Health

Déc 5, 2021
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Pollution de l’air et équité

Au cours de la dernière décennie, un nombre toujours croissant d’études épidémiologiques ont établi un lien entre la pollution de l’air urbain, en particulier les particules, et un risque accru de morbidité et de mortalité.1,2 Ces nouvelles conclusions ont conduit à une révision des normes de pollution atmosphérique aux États-Unis et elles auront probablement des conséquences similaires dans d’autres pays du monde. Ces nouvelles données probantes sur les effets néfastes de la pollution atmosphérique sur la santé ont également motivé les recherches visant à identifier les groupes de la population susceptibles d’être exposés à un risque accru d’exposition, par exemple: les nourrissons, les personnes atteintes de maladies cardiaques et pulmonaires chroniques et la population âgée.3 Ce numéro de la revue comprend trois articles qui traitent du statut socioéconomique et de la vulnérabilité à la pollution atmosphérique.

Ce n’est pas un nouveau sujet d’investigation scientifique ou de préoccupation de santé publique. Le mouvement pour la justice environnementale a commencé il y a plus de deux décennies aux États-Unis, à l’origine lié à la localisation de décharges de déchets toxiques dans les communautés minoritaires.4 Plus récemment, la pollution de l’air urbain est apparue comme une préoccupation internationale importante en matière de justice environnementale en raison de la forte concentration de résidents minoritaires et à faible revenu vivant dans des environnements urbains dont la qualité de l’air est malsaine.5 Ces personnes ont souvent des logements insalubres et sont également exposées de manière importante à la pollution de l’air intérieur.

S’ajoutant à la préoccupation de santé publique concernant l’exposition disproportionnée des populations minoritaires et à faible revenu à des niveaux élevés de pollution atmosphérique urbaine, on reconnaît que ces groupes ont souvent des taux de prévalence plus élevés de maladies telles que l’asthme qui sont affectées négativement par la pollution atmosphérique. La reconnaissance de cette disparité dans les expositions aux contaminants de l’environnement et la nécessité de s’attaquer aux conséquences potentielles pour la santé publique de ces expositions disproportionnées ont été incarnées dans la politique nationale des États-Unis par une ordonnance présidentielle de 19946 et en Europe en 2001 par l’Organisation mondiale de la Santé.7

Il est essentiel de comprendre le rôle du statut socioéconomique en tant que composante de la sensibilité aux effets néfastes de la pollution atmosphérique sur la santé pour établir des normes de qualité de l’air ambiant et mettre en œuvre des programmes visant à atteindre ces normes. Aux États-Unis, les normes de qualité de l’air ambiant doivent être fixées en vertu de la Loi sur la qualité de l’air à un niveau suffisant pour protéger la santé des « groupes sensibles ». » Au niveau international, le Bureau régional de l’OMS pour l’Europe a élaboré des lignes directrices sur la qualité de l’air qui reconnaissent explicitement la nécessité de considérer que les sous-populations peuvent présenter un risque considérablement accru de subir des effets néfastes sur la santé8 et doivent donc être prises en compte dans le processus de gestion des risques. Historiquement, les groupes sensibles ont été identifiés sur la base de l’état de santé préexistant (par exemple, les personnes asthmatiques), du développement physiologique (par exemple, les enfants) ou du niveau de réponse à la pollution (par exemple, les « répondeurs » à l’ozone). Dans ce contexte, la susceptibilité peut être définie par des facteurs de l’hôte tels qu’une réactivité accrue à une dose donnée de pollution atmosphérique ou la prévalence d’une maladie sous-jacente, ainsi que par des expositions à d’autres facteurs environnementaux augmentant le risque pour les mêmes résultats, par exemple, les polluants de l’air intérieur.9

Les articles de ce numéro de la revue illustrent certaines approches adoptées par les chercheurs en épidémiologie pour évaluer la vulnérabilité à la pollution atmosphérique. En examinant la question de savoir si les personnes ayant un statut socioéconomique inférieur sont plus exposées à la pollution de l’air, les épidémiologistes vérifient si le risque estimé de pollution de l’air (ou d’un polluant spécifique) varie selon les strates de statut socioéconomique; cette variation est appelée modification des effets. La compréhension de la modification de l’effet de la pollution atmosphérique sur la santé par statut socioéconomique pose plusieurs défis méthodologiques. Premièrement, les indicateurs de statut socioéconomique ne sont que des substituts de facteurs plus proximaux qui déterminent l’état de santé et la vulnérabilité potentielle à la pollution atmosphérique. Ces facteurs peuvent inclure l’état nutritionnel et les taux de prévalence des maladies cardiaques et pulmonaires chroniques, par exemple. La constatation de la modification de l’effet selon le statut socioéconomique devrait déclencher des recherches supplémentaires pour mieux comprendre les facteurs intermédiaires. Deuxièmement, certains corrélats du statut socioéconomique peuvent confondre la relation entre la pollution de l’air et la santé. Démêler les voies causales complexes peut ne pas être possible, en fonction de la richesse des données disponibles sur les corrélats pertinents du statut socio-économique. Troisièmement, les estimations de l’ampleur de la modification de l’effet sont notoirement imprécises, de sorte que la taille de l’échantillon peut s’avérer un obstacle à l’obtention d’une image de la variation de l’effet de la pollution atmosphérique selon le statut socioéconomique.

Deux des articles de ce numéro évaluent le statut socioéconomique comme un modificateur en explorant la variation de l’effet de la pollution atmosphérique entre les régions de deux villes: la ville de Hamilton, au canada10 et São Paulo, au Brésil.11 Les deux groupes d’enquête ont suivi une approche similaire: stratifier la région urbaine en zones définies par la proximité des stations de surveillance, élaborer des mesures écologiques du statut socioéconomique des zones et tester la variation de l’effet des mesures de pollution atmosphérique entre les zones. Les deux sites présentaient une variation spatiale suffisante du statut socioéconomique et de la pollution atmosphérique pour tester la modification des effets. Malgré les différences substantielles entre ces emplacements, les résultats des deux études étaient similaires en montrant un risque plus élevé dans les zones où la population de statut socio-économique est principalement inférieure.

Le troisième article traite de la pollution de l’air ambiant et du poids à la naissance à São Paulo.12 Dans cette analyse, les expositions à la pollution atmosphérique au cours de chaque trimestre ont été estimées et leurs associations avec le poids à la naissance ont été examinées dans des modèles multivariables tenant compte de plusieurs facteurs, notamment l’âge maternel, l’éducation maternelle et le nombre de visites prénatales. Une réduction du poids à la naissance avec une exposition estimée au premier trimestre aux particules et au monoxyde de carbone a été constatée. Cette découverte s’ajoute à une littérature croissante sur les résultats de la reproduction et la pollution de l’air urbain.13,14 Notamment, dans la présente étude, l’éducation maternelle, une mesure du statut socioéconomique, a été traitée comme un facteur de confusion potentiel et incluse dans le modèle multivariable. La modification de l’effet n’a pas été explorée.

Qu’avons-nous appris de ces nouvelles études? Premièrement, ils confirment un certain nombre de rapports antérieurs avec des résultats similaires dans les études de séries chronologiques sur les événements aigus2 et dans les études de cohorte à plus long terme sur la mortalité.15 Deuxièmement, les discussions réfléchies des auteurs soulignent à nouveau la nécessité d’une interprétation prudente des résultats sur la modification des effets, compte tenu de l’éventail de considérations méthodologiques affectant les résultats. Troisièmement, la recherche sur le statut socio-économique et l’effet de la pollution atmosphérique pourrait être améliorée par une harmonisation des méthodes et des analyses regroupées afin de mieux comprendre les différences entre les études. De toute évidence, les mesures socioéconomiques ont des corrélats différents selon les populations et l’élaboration de données sur les corrélats les plus pertinents serait informative. Une analyse groupée des données sur la mortalité en Amérique du Nord et en Europe sera bientôt en cours, ce qui donnera l’occasion d’évaluer le rôle de la modification des effets dans un large éventail de villes.

Les résultats de ces études et d’autres commencent à fournir un tableau cohérent et pas surprenant: les personnes ayant un statut socio-économique moindre semblent être plus exposées à la pollution de l’air urbain. D’autres recherches sur ce sujet sont justifiées, mais les études doivent aller au-delà de l’exploration empirique de la modification des effets pour explorer les voies causales sous-jacentes. Des conceptions hiérarchiques seront nécessaires pour explorer les corrélats de niveau individuel pertinents du statut socio-économique; des évaluations de l’exposition personnelle pour les principaux polluants atmosphériques devraient également être intégrées pour mieux caractériser l’exposition par statut socio-économique. Des exemples pertinents incluent Diez Roux, 16 et des méthodes de recherche sont disponibles à cet effet.17

Pollution atmosphérique et équité

  1. Pape CA, III, Dockery DW. Epidémiologie des effets des particules. Dans : Holgate ST, Samet JM, Koren HS, et al. Pollution de l’air et santé. San Diego: Academic Press, 1999: 673-705.

  2. Agence américaine de protection de l’environnement (EPA). Centre National d’Évaluation Environnementale. Critères de qualité de l’air pour les particules. Research Triangle Park, NC: Agence américaine de protection de l’environnement, 2002.

  3. Conseil national de recherches du Canada (CNRC), Comité des priorités de recherche sur les particules en suspension dans l’air. Priorités de recherche sur les particules en suspension dans l’air : no 1. Priorités immédiates et un portefeuille de recherche à long terme. Washington, DC : National Academy Press, 1998.

  4. Bureau de Comptabilité générale des États-Unis. L’emplacement des décharges de déchets dangereux et leur corrélation avec le statut racial et économique des communautés environnantes. Washington, DC : Imprimerie du gouvernement américain, 1983.

  5. Organisation Mondiale de la Santé. Santé environnementale – pour les riches ou pour tous? Bulletin de l’OMS. Genève: OMS, 2001.

  6. Bureau du Président à la Maison Blanche. Décret exécutif 12898: mesures fédérales visant à assurer la justice environnementale dans les populations minoritaires et les populations à faible revenu. 1994. http://www.epa/fedsite/e012898.htm (consulté le 31 octobre 2003).

  7. Organisation mondiale de la Santé, Comité régional pour l’Europe. Pauvreté et santé – données probantes et actions dans la région européenne de l’OMS, EUR/RC51/8; EUR/RC51/Conf.Doc./6. Genève: OMS, 2001.

  8. Organisation mondiale de la Santé, Bureau régional pour l’Europe. Lignes directrices sur la qualité de l’air pour l’Europe, no 91. Publications régionales de l’OMS, séries européennes. Genève: OMS, 2000.

  9. Association pulmonaire américaine. Pollution atmosphérique urbaine et inégalités de santé : rapport d’atelier. Environ Health Perspect2001; 109 (suppl 3): 357-74.

  10. Jerrett M, Burnett RT, Brook J, et al. Les caractéristiques socioéconomiques modifient-elles l’association à court terme entre la pollution atmosphérique et la mortalité? Preuve d’une série chronologique zonale à Hamilton, au Canada. J Epidemiol Community Health 2004; 58:31-40.

  11. Martins MCH, Fatgati FL, Vespoli TC, et al. Influence des conditions socio-économiques sur les effets néfastes de la pollution atmosphérique sur la santé des personnes âgées: analyse de six régions de São Paulo, Brésil. J Epidemiol Community Health 2004; 58:11-17.

  12. Gouveia N, Bremner SA, Novaes HMD, Association entre la pollution de l’air ambiant et le poids à la naissance à São Paulo, Brésil. J Epidemiol Community Health2004; 58:11-17.

  13. Ritz B, Yu F, Fruin S, Chapa G, et al. Pollution de l’air ambiant et risque de malformations congénitales en Californie du Sud. Am J Epidemiol 2002; 155:17-25.

  14. Woodruff TJ, Grillo J, Schoendorf KC. The relationship between selected causes of postneonatal infant mortality and particle air pollution in the United States. Environ Health Perspect1997; 105:608-12.

  15. Les résultats de cette étude sont les suivants :Réanalyse de l’étude Harvard Six Cities et de l’étude de la pollution atmosphérique et de la mortalité par particules de l’American Cancer Society. Rapports des enquêteurs parties I et II. Cambridge, MA: Health Effects Institute, 2000.

  16. Diez Roux AV. Étudier les effets du voisinage et de la zone sur la santé. Am J Santé publique 2001; 91:1783-9.

  17. Diez-Roux AV. Analyse multiniveaux dans la recherche en santé publique. Annu Rev Santé publique 2000; 21:171-92.

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